Rentrée Littéraire 2018: Chronique N°3, une déception.

« Pense aux pierres sous tes pas »
Un roman inabouti ?


Chronique complète:

Cette lecture a été faite avec 3 autres, grâce au site Lecteurs.com dans le cadre des #Explolecteurs pour la rentrée littéraire 2018. J’ai reçu 4 romans à lire (Chic! ) et à chroniquer.

« Pense aux pierres sous tes pas » se déroule dans un pays imaginé par son auteur. Géographiquement c’est une île, qui m’a fait penser à des îles méditerranéennes, mais les inspirations de l’auteur sont joliment variées.

La narratrice principale de l’histoire, Léo est une enfant qui a un frère jumeau, Marcio. Marcio va de temps à autre prendre le relais de la narration. Ces deux jumeaux s’aiment. Profondément. Physiquement. Ils grandissent dans un milieu rural, dans une ferme isolée, avec un père très violent et une mère soumise. Le pays est sans cesse sous des dictatures que nul ne semble oser combattre. Tout comme les enfants n’osent se rebeller contre la violence parentale.

Le récit prend son envol lorsque Léo est chassée de la maison et est placée chez un oncle afin d’être séparé de son jumeau, puisque le père les a surpris faisant l’amour. (Ils ont alors environ 12 ans.)

À partir de là, nous allons suivre la vie des jumeaux qui sont séparés, jusqu’à la dernière partie, moment qui est selon moi la meilleure surprise de ce livre.

Je n’ai pas été totalement conquise par les 100 premières pages de ce roman, pour les raisons suivantes : j’ai du mal lorsqu’on fait s’exprimer des enfants de façon adulte, ici pour servir le roman, et si je comprenais bien pourquoi les deux jumeaux se réfugient dans l’autre jusqu’à s’aimer physiquement, les descriptions de ces moments-là ne me paraissent pas sonner juste dans la bouche de Léo, 12 ans environ.

En continuant ma lecture, j’ai réalisé que ce qui me secouait réellement c’était le climat d’extrême violence familiale, la réaction des enfants n’y étant que proportionnelle.

Je ne suis pas une personne qui recherche la violence, que ce soit dans la vie ou dans la lecture. J’ai donc eu un début de lecture assez mitigé, de par le choix du sujet et son traitement. Parce que les narrateurs principaux sont des enfants qui sont rompus à la violence, depuis toujours ils ne survivent pour l’une, que par la jouissance sexuelle, et pour l’autre par l’amour pour sa sœur. Et c’est assez insupportable à lire cette violence et les ravages qu’elle fait. J’en suis venue à ne pas prêter attention aux descriptions des violences politiques qui émaillent la narration de la première partie du roman.

Car il y a, pour moi deux parties. La première partie évoque la vie des jumeaux et ceux avec qui ils doivent vivre, et la seconde partie passe à une toute autre dimension.

Et c’est là que le roman m’a finalement, pour cette partie, emportée.

Sans rien dévoiler de l’histoire, disons qu’à ce moment, les histoires individuelles et politiques se rejoignent, que c’est plutôt réussi et empli d’espoir et d’utopie. Cela dure environ sur les 50 dernières pages du roman, et c’est trop peu bien sûr sur l’ensemble du roman, mais j’ai apprécié cette fin et ce basculement même si c’est invraisemblable.

Quoique, je m’interroge : était-il vraiment nécessaire d’autant détailler et s’appesantir sur les violences physiques, sexuelles infligées et auto infligée à cette jeune enfant, Léo ?

En tant que lectrice, femme, mère, je n’ai pas apprécié. Je ne suis pas une adepte de la culture de la souffrance qui toujours finit par demander aux victimes de pardonner aux maltraitants.

Antoine Wauters a un style. Il fait varier le langage familier avec des paragraphes inspirés, presque lyriques. Et j’ai apprécié ces passages-là. J’ai facilement imaginé les lieux, ce pays imaginaire. L’oeuvre est en partie touchante parce qu’elle évoque l’utopie et la construction d’alternatives dans des situations politiques et économiques qui paraissent sans issue, et c’est là que le roman m’a (enfin) émue et parlé. Il me semble donc que la lecture étant intimement liée à la sensibilité personnelle, il faut lire « Pense aux pierres sous tes pas » pour vous faire votre idée, avoir vos ressentis. Si les personnages ne m’ont pas touchée, par excès de descriptifs crus et d’un décalage entre les propos écrits et attribués à ses personnages, après tout, cela en dit plus sur moi et non pas sur le roman. Et si je n’ai pas eu un coup de cœur, le moins que je puisse dire c’est que cette lecture ne m’a pas laissé indifférente.J’ai détesté lire des propos d’adultes dans une bouche d’enfant et tous ces descriptifs de relations et de moments de violences pures. Ce qui est déjà une belle réussite, c’est que ça me laisse un vrai souvenir de lecture.Mais ce n’est pas suffisant pour en faire un bon roman.

La quatrième de couverture présente le roman comme un « véritable hymne à la désobéissance ». Le qualificatif est excessif, cela n’a rien d’un hymne, j’ai lu bien des écrits plus inspirants sur la désobéissance.Mais la dernière partie du roman qui conte cette construction de désobéissance alternative et collective est bien celle qui m’a le plus conquise.Cela en contrepoint au reste du roman.

La lecture est une aventure… Intérieure comme extérieure


L’autre Magda (La lecture est une de mes portes ouvertes sur le monde.)

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